Gregory Jaquet

Journal de campagne, épisode 1

Depuis la décision par le congrès le 9 mars, c’est le vertige !

Je ne sais pas où cette campagne mènera la liste socialiste dont je fais partie, mais je sais que ce sera une aventure passionnante.

Pour en garder un souvenir, mais aussi pour peut-être intéresser quelques personnes, je rédigerai ce journal de campagne.

Si vous trouvez cela ennuyeux, inopportun, scandaleux ou formidable et que vous avez envie de le dire : les commentaires sous l’article ou sur les réseaux sont faits pour ça ! J’accueille volontiers tous les débats et tâche de répondre à tous, même aux trolls (suivez mon regard;-))

Légitimité

Jusqu’ici, ça allait.

J’avais rédigé un texte pour le magazine du parti pour expliquer ce que je voulais soutenir durant la campagne, quel projet politique je voulais accompagner. Avec un petit curriculum et quelques valeurs personnelles.

Ensuite en février, au cours de deux débats internes avec les militants, j’ai répondu à quelques questions dans mes domaines de spécialité et en mars, au congrès, j’ai réussi pas trop mal un discours général sur la nécessité de faire basculer le parlement à gauche, pour le bien des neuchâtelois.

Tu es d’où ? Comment ça tu étais policier, ils sont pas d’extrême-droite les policiers ? C’est qui tes parents ? Tu es vraiment de gauche ? Qu’est-ce qui me prouve que tu es vraiment de gauche ? Qu’est-ce que tu penses des mesures d’accompagnement et de la négociation de l’accord-cadre avec l’union européenne, pour voir ? Et qu’est-ce que tu penses de la directive spécifique de la négociation non-tripartite aiguisée, destinée à la mise en oeuvre partielle et provisoire de la troisième partie de la deuxième déclaration commune des post-marchés ultra-territoriaux de Papouasie de nord-Est, par rapport à son implication dans le processus de paix erythréo-ethiopien l’an dernier ? Hein ? Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que ce que tu en penses est bien de gauche ?

Bon. Je blague. Mais il y a de ça. Il y a et je le comprends une étude de la légitimité. Et être socialiste, en matière de légitimité, c’est complexe.

Apprentissage accéléré

En même temps, il y a pour moi la nécessité de faire connaissance vite et bien avec un tas de domaines dont je sais peu. Et avec quelques uns dont je ne sais rien.

Politique de formation, agricole, de santé, européenne, de développement, fiscale, économique, de sécurité,… tout ça avec un point de vue aussi documenté que possible pour pouvoir prétendre à aller faire à Berne la pluie et le beau temps en en connaissant un petit rayon sur tout ce que j’ignorais jusque là.

Mon rayon à moi, c’est la politique de santé, l’environnement et l’égalité. Bon. Il va falloir savoir expliquer ce que j’en pense. Mais ça ne suffira pas. Il faudra aussi savoir ce que je pense d’à peu près tout.

Mon rayon c’est aussi la politique locale et celle du canton de Neuchâtel. Mes mandats à l’exécutif de Milvignes et au Grand Conseil m’ont servi de formation ces dernières années et je maîtrise les enjeux d’une bonne partie des sujets de notre région. Il faut maintenant grandir.

Depuis le 9 mars je travaille les dossiers. J’apprends les votes de cette dernière législature. Je me fabrique un point de vue sur chaque sujet. Avec l’aide des personnes dont j’estime les points de vue. Qu’ils partagent mes valeurs ou non.

Un sacré défi.

Journal

Dimanche 10 mars

Le congrès s’est bien déroulé. La présence du président du parti suisse y était pour beaucoup. 6 candidat.e.s ont été désigné pour remplacer les deux sortants qui ne se représentent pas. J’en suis. C’est génial et ça fait peur.

Semaine du 11 au 17 mars

Pas encore de rendez-vous important. Mais les conversations s’organisent, les mails s’échangent, les groupes whatsapp démarrent. Quelques jours pour réaliser qu’il faudra exister dans cette campagne. Quelques jours aussi pour réaliser que nous formerons une équipe, tous les six et pour lui donner une première couleur, celle de la jeunesse et de la solidité.

Personnellement, c’est la suite des soirées destinées à l’étude des dossiers fédéraux et la tenue de nombreuses conversations avec des collègues, des amis, adversaires ou compagnons, sur les enjeux de cette élection.

Et le 15 mars, c’est la grève du climat. Les enfants ont préparé leurs slogans. Je vais les chercher à l’école et nous participons à la manifestation à Neuchâtel. Pour l’avenir. Engagés à consommer peu et exigeant des politiques publiques réellement écologiques. Qui en créent pas de nouvelles technologies qui nous permettent de consommer davantage. Mais qui réduise la consommation générale. Les enfants chantent « Les petits pas, les petits pas, ça suffit pas ! ».

Mardi 19 mars

Première sortie en représentation. Elle est significative. Nous sommes deux candidate.s à assister à la projection du film #Female Pleasure, dans le cadre du festival des films du Sud à La Chaux-de-Fonds, invité.e.s par l’office de la politique familiale et de l’égalité. Autour du verre de l’amitié, après la projection, nous sommes identifiés comme candidat.e.s. J’ai mes premières vraies conversations publiques « fédérales ». C’est intimidant. Mais c’est passionnant. J’ai l’impression que nous portons un vrai projet. Une vision de société pour le pays entier. Les thèmes sont globaux et les conversations s’en ressentent.

Projection de #Female Pleasure à La Chaux-de-Fonds

Sur les réseaux sociaux, le ton est moins agréable.

Je gère tant bien que mal les questions malfaisantes, même lorsqu’elles viennent d’amis.

Il semble que beaucoup apprécient de vouloir me « prendre à défaut », révéler mes « erreurs », l’air de dire « tu vois bien que tu n’est pas légitime » ou « tu vois bien que le PS ceci-cela… ». Ces questions personnelles et/ou de mauvaise foi stimulent mon envie de batailler.

Mais il faudra veiller à ne pas m’enfoncer dans ces débats.

La question c’est ce qu’on fait de la Suisse. Si quelqu’un trouve que je ne suis pas bien placé pour faire des propositions, parce que j’ai jeté un mégot de cigarette par terre il y a deux ans, il faudra que je sache économiser mon temps.. et ne pas oublier que sur twitter et facebook, il n’y a qu’un cercle très restreint de personnes. Et toujours les mêmes. Je serai mieux dans la rue.

Mercredi 20 mars

Rencontre avec la section Grande Béroche du parti socialiste neuchâtelois.

Tous les candidats sont présents. On se présente, puis on entre dans le débat.

Développement, économie, croissance, politique sociale, formation, retraites, Europe, réforme fiscale, les sujets sont nombreux.

Je crois que nous sommes bons. La section apprécie notre jeunesse. Je sens que cela signifie aussi que nous ne sommes peut-être pas assez expérimentés, qu’une tête d’affiche plus capée aurait été la bienvenue.

Mais il me semble que ce sera une force de ce groupe. Que cela nous légitime et nous libère. Nous verrons. La soirée se termine à minuit, je sens que ce sera le cas souvent..

Jeudi 21 mars

C’est le printemps !

Les activités au Conseil communal prennent du temps. C’est important de ne pas faire de confusion. De ne pas être en campagne durant mes activités de conseiller communal. Pas de sous-entendus. Pas de mentions discrètes.

Nous avons reçu les entreprises de la commune ce matin. Conversations essentielles sur les réalités des entrepreneur.euse.s, sur l’emploi, l’environnement, les circuits courts.

Le soir, c’est la séance de groupe des députés au Grand Conseil.

On prépare ensemble les votes de la semaine prochaine qui seront parmi les plus importants de la législature. Mardi, on sanctionnera le projet de nouvelle péréquation. Je suis membre de la commission et j’ai donc participé aux travaux.

Je connais très bien ce projet et je me réjouis des débats. Si la façon dont les communes neuchâteloises se répartissent les charges est sanctionnée, si ce rapport passe, c’est dix ans de travaux parlementaires qui se terminent. J’ai bon espoir que notre projet passe. La séance se termine vers 23 heures.

Vendredi 22 mars

La journée commence à 7 heures 30 au château par la conférence des directeurs communaux de la santé. Avec le conseiller d’Etat et les services, nous accompagnons la nouvelle stratégie d’intégration professionnelle qui implique plusieurs services et plusieurs directions. L’impact sur le travail des services sociaux est grand. En tant que président de la commission sociale régionale, je fais en sorte qu’il soit opportun et supportable, pour les bénéficiaires issus d’un bassin de près de 30’000 personnes.

A la mi-journée, je pars pour Lucerne où je suis invité par les organisations Comundo, PBI et Amnesty pour participer à un séminaire sur la lutte pour l’égalité en Amérique latine.

C’est beau Lucerne. J’ai médité sur le patriotisme en marchant sur le pont. J’ai pensé à la confiscation par les nationalistes d’un héritage que j’aime.

Je fais quelques pas au centre-ville ensoleillé avant de rejoindre la Romero Haus. Le soir j’anime l’atelier que j’ai préparé :  » Gelebte Männlichkeit – was hat das mit Gewalt zu tun? In Zentralamerika wird schon länger mit Männern zur geschlechtsspezifischen Gewalt gearbeitet. Kann dies ein Beispiel für die Gewaltpräventionsarbeit mit Männern in der Schweiz sein? » Tout un programme..

Je participe ensuite au débat dans la séance plénière. Les questions se compliquent. J’ai recours au traducteur, mais il ne parle pas français. Je répondrai donc en espagnol ! Je rentrerai demain à Neuchâtel, je passe la nuit au centre des congrès.

Cette semaine a été harassante émotionnellement et physiquement. Je me suis engagé dans une campagne qui va beaucoup me plaire.

Mais il me faudra de l’aide pour ne pas décrocher.

Et pour faire le tri entre les sollicitations. Pour porter le projet. Pour vivre cette expérience unique. Tout en oeuvrant à la commune et auprès de ma famille.

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