Fusions sur le littoral jusqu’à 100’000 habitants ?

Entretien au sujet des fusions de communes sur le littoral neuchâtelois, dans le journal Arcinfo.

Le rapport du Conseil communal au législatif sur les propositions de regroupements de communes est disponible sur le site internet communal, en suivant ce lien.

Le verbatim de l’intervention de présentation du rapport devant le législatif est reproduit en fin d’article.

 

Article publié dans le journal Arcinfo

6.11.18 Fusions littoral 100k habitants

Article publié dans le journal Littoral Région

 

Verbatim de l’intervention devant le Conseil général du 8 novembre 2018

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil général,

Milvignes veut avoir du souffle.
Le sens de l’Etat.
La volonté de préparer à nos enfants et à leurs enfants des conditions de vie au moins
aussi bonnes que les nôtres.

En affichant à l’unanimité sa volonté d’élaborer de nouveaux projets de fusion en novembre
2017, votre autorité a fait honneur aux audaces passées et à la démarche complexe mais
réussie qui a conduit à la création de notre commune.

Vous chargiez alors le Conseil communal d’une tâche étonnante : étudier la possibilité
d’étendre la fusion, sans dire avec qui, le laissant libre de convoiter des partenaires et
d’entamer la conversation.

Confronté au vertige des possibles, nous avons travaillé à répondre aux questions dans
l’ordre de conséquence :

Faut-il fusionner encore ?
Avec qui ?
Quand ?
Comment ?
Qui fait le premier pas ?
Qui fait les suivants ?

Nous avons ainsi travaillé à un bilan, puis une stratégie et développé des actions pour
vous répondre.

Tout ce travail. Et ce rapport, sont adressés à plusieurs destinataires :
Votre autorité, comme destinataire principal
Mais aussi les élus des communes voisines
Et les futurs élus de Milvignes et de nos voisins qui seront peut-être les réalisatrices et
réalisateurs de prochains rapprochement

Afin que ce travail puisse servir de base de départ des travaux, de la part de la seule
commune dont la fusion est raisonnablement consommée dans notre région.

Ainsi, on ne parle pas que de la réponse à la motion.
On parle de politique. Au sens littéral.
De politikos, de ce qui a trait aux affaires publiques, au gouvernement d’une communauté,
aux relations avec les autres cités.

Après avoir publié son rapport sur la politique intérieure de notre commune, présentant les
projets réalisés et ceux qui nous attendent, au mois de septembre.
Avant de vous présenter la façon dont il a restructuré son administration pour préparer les
modernisations à venir, au mois de décembre.
Il est temps de vous faire part de ce que nous trouvons faisable, opportun, cohérent en
matière de d’avenir institutionnel et collectif

Ainsi, nous sommes prêts. A penser loin. A supporter le débat public.
A mettre ce débat public au service de tous les avis, de tous les besoins, de la
communauté.
Qu’espérons-nous ?
Quelles sont nos valeurs ?
Quels sont nos projets ?
Sont-ils distincts, entre une droite prétendument paralysée par son devoir de limiter l’effort
public et une gauche éventuellement obsédée par l’Etat-providence ?
Sont-il inconciliables parce le fondement de nos points de vue est différent en tout ?
Non.

Nous avons, Mesdames et Messieurs, pour l’entretien et le développement de nos villages
des besoins identiques.
Vivre ensemble, longtemps, la prospérité, permettre la liberté et le bonheur, l’égalité des
chances, s’instruire, se divertir.

La sanction unanime de la motion qui est à l’origine de ce rapport est la démonstration de
cette communauté de besoins, voire d’envies.
Elle prolonge les efforts des primitifs de Milvignes, les artisans de la création de cette
commune, les mères et pères fondateurs, notre Grûtli.

Nous vous proposons, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil général un bilan
dans ce rapport de cette création de commune qui règne sur trois villages. Vous
connaissez ce bilan, nous en avons fait état dans le rapport de politique générale.

Fusionner plus avant est pertinent. C’est efficient et cela permettrait des efforts publics
moins redondants entre les différents villages concernés.

C’est aussi pertinent parce que :
Parce qu’un projet de société est à créer
Parce que les habitants de tous les villages historiques du littoral, qui ont fait le choix de
rester ou de venir vivre dans un village dont le centre est à protégé, la mobilité à garantir,
le développement durable à encourager et le lien à la ville fort ont les mêmes besoins.
Parce que le poids politiques de nos villages doit augmenter
Parce que la création d’une administration efficiente démontre l’intérêt existant à poursuivre
cette constitution de services capables de délivrer un effort public communal harmonisé,
stratégisé, modernisé, agilisé.
Parce que l’argent public doit être utilisé à l’élaboration de projets qui prennent en compte
l’avenir et qui ne se contente pas de gérer ce qui a été oublié dans le passé et ce qui est
rendu obligatoire par le présent.

Comment notre communauté affrontera-t-elle la numérisation, la maîtrise de l’eau ?
Nos villages peuvent-ils devenir source d’énergie ?
Quelle mobilité entre nos villages qui sont à quelques coups de pédales les uns des autres
?
Comment comptons-nous attirer les entreprises innovantes, rayonner à côté de Microcity
plutôt qu’être dans son ombre ?
Comment créera-t-elle du vivre ensemble pour contrer l’individualisation, quelles idées
novatrices pour l’animation culturelle ?

Et tant d’autres sujets.. tant d’autres thèmes où nous pourrions, nous, les villages du littoral
et leurs communautés être avant-gardistes, inspirés par les bonnes idées existantes chez
des voisins qu’on estime.

Mais qui sont impossibles à mener si chaque village, chaque commune doit s’y coller.
Avec ses assemblées d’élus, ses partis et ses services qui ne sont pas dotés de personnes
qui ont le temps de réfléchir à l’avenir. Mais uniquement de boucher les trous et de compter
sur l’héroïsme des fonctionnaires pour créer des nouveautés.

Nous avons des pompiers, Mesdames et Messieurs.
Nous avons des employés de la protection civile.
Leur organisation est l’affaire des communes qu’ils protègent. Et c’est très bien comme ça.
Nous avons voulu en 2017 en changer la gouvernance. Pour être plus pertinent. Plus
efficace. Plus moderne. Plus sensé.
Une réforme importante pour les pompiers. Pour les services.
Mais pour le citoyen et les défis affrontés par l’humanité, une bagatelle.
Il y avait des arguments contre, pour, des avis d’experts qui s’affrontaient mais pas
d’apocalypse en vue.
En bref, on crée un syndicat de la sécurité publique pour le littoral.
Parce que faire séparément n’a plus de sens.

Voici comment on fait en 2018 :

20 villages, 16 communes, donc
16 rapports
Soumis à 16 conseils communaux.
80 conseillers communaux qui se penchent sur le changement de la gouvernance des
pompiers.
Puis soumis à 16 conseils généraux.
650 conseillers généraux qui en débattent.
Dans trois ou quatre forces politiques mais en 64 sections communales.
Pour la fine bouche, 16 commissions financières, 16 commissions de la police du feu.
Finalement 16 séances du Conseil général et 16 délais référendaires.
La décision de proposer la réforme a été prise, par les représentants communaux aux
syndicats, après l’avis des experts, il y a un an.

Aujourd’hui, cette décision qui a pris environ 1500 heures de travail (1ETP!) à des élus de
milice est reportée parce que la dernière des 64 sections communales a refusé l’entrée en
matière, demandant des précisions.

L’énergie déployée pour supporter une réforme qui met deux ans à être transformée, pour
supporter l’incertitude, pour générer des contrats et des nominations dans les structures,
pour gérer le matériel et les formations est considérable.

Un autre exemple
Tous les villages veulent créer des zones dans lesquelles les entreprises peuvent
s’installer. Des zones artisanales et industrielles.
Tous les villages imaginent des solutions pour permettre aux employés qu’ils espèrent voir
arriver des routes, des carrefours, de l’eau, de l’électricité, des parkings et des
infrastructures de vie, restaurants, commerces.
Si de telles zones permettant le développement économique – associé aux microtec par
exemple – sont entre deux villages, ce qui est toujours le cas, les autorités communales
doivent défendre les intérêts de leur communauté.
Ils doivent par exemple tenter d’éviter que la route d’accès à la zone soit gagnée sur leur
territoire, éviter de devoir construire des contournements ou de devoir proposer des
services et travailler à faire en sorte que ce soit pris en charge par les autres communes
concernées.

C’est normal.
C’est leur mandat.
Ils doivent protéger les intérêts de leur commune.

Le projet meurt.

Continuons
Tous les villages du littoral veulent…
protéger les centres,
créer des zones de rencontre,
gérer la circulation dans leurs centres,
améliorer le stationnement en ménageant les commerces et les riverains,
promouvoir les commerçants et les artisans,
développer l’accueil extrascolaire,
favoriser le pédibus ou protéger les chemin vers les écoles,
être exemplaires en matière d’égalité,
avancer vers un bilan carbone amélioré,
promouvoir la protection de la santé,
créer des logements pour les personnes à mobilité réduite,
programmer l’entretien de leur patrimoine,
planifier les investissements de manière professionnelle,
créer une voie verte entre les villages et jusqu’en ville..

Faut-il que nous continuions…
à travailler chacun dans notre coin pour créer un projet de monnaie locale, de bons chez
les commerçants, de politique financière, de réforme de la façon dont les personnes sont
accueillies dans les villages?

Sans employés spécialisés. Sans personne lorsque le collaborateur en charge est en
vacances. Avec des Conseillers communaux qui doivent être, peu après leur élection,
devenus ingénieurs, managers, policiers, comptables, hydrogéologues, architectes,
assistants sociaux, pharmaciens et chefs d’entreprise ?

Milvignes n’a pas un besoin urgent de fusionner.

Le bilan que nous dressons montre qu’elle mérite de terminer sa construction, notamment
en nous concentrant sur l’administration communale qui mérite que ses conditions de
travail soient stabilisées.

Mais il y une pertinence certaine. Vous le savez. Vous l’avez évoquée au moment de nous
mandater.

Finalement, vous l’avez compris dans le rapport et dans l’article de presse de mardi, pour
être efficace, durable, cohérent, il faut ouvrir la conversation largement.
Sans peur
Sans préjugés
Sans s’arc-bouter sur ce qui est possible, impossible, improbable ou indispensable
Se lancer dans un processus qui prend cinq ou dix ans avant de réaliser que d’autres
communes auraient dû être impliquées serait une erreur majeure.
Ainsi, la publication de l’idée d’une fusion à grande échelle n’est pas une provocation ou un
effet de manche. Elle n’est pas un idéal ou une idée fixe. Nous voulons l’explorer et
éventuellement y renoncer, en connaissance de cause.
La constitution d’une commune de 70 ou 100’000 habitants, même si l’horizon est dans
vingt ans, n’a rien d’absurde ou de d’impossible, loin s’en faut.
Les affaires communales sont nombreuses. Distinctes des problèmes cantonaux. Mais il
faut de l’air pour les mener. Dans l’intérêt de tous les villages.
Lausanne, 130’000 habitants. Chailly, Valency, Malley, Florimont, Ouchy existent et sont
conduit par un exécutif et un législatif.

Avec une municipalité unique pour toutes les communes du littoral neuchâtelois, les efforts
que la loi commandent et qui sont délivrés comme des prestations administratives seraient
délivrées par des services professionnels, dans des guichets situés dans chaque village.
La gestion villageoise propre serait assurée par des comités de villages chargées du travail
avec les associations, de la cohésion sociale.

Ces comités de villages pourraient travailler à développer la vie de la communauté,
administrer les services de proximité, mais seraient débarrassés de toutes les tâches qui
ont une importance plus technique que politique.

Finalement, les projets d’ampleur seraient conduits par des personnes formées sous le
guidage d’élus qui ont le temps de s’y consacrer et qui ne doivent plus garder des enfants
de la crèche si un employé est malade.

Au sujet de ce projet large, comme du projet plus étroit, votre exécutif a choisi la
transparence et la sincérité.

Pour savoir si ces projets ont du sens, s’ils sont souhaitables ou non, il faut avancer encore
un peu.

Une conclusion démontrant qu’aucun de ces projets n’est viable et qu’il ne faut pas
poursuivre est tout à fait possible.

Cela a le mérite d’éviter qu’on se détermine sur l’avenir de nos structures politiques et
administratives uniquement en fonction de nos croyances.. « je ne veux pas fusionner avec
tel ou tel parce que.. », « je suis pour les fusions, mais je ne sais pas pourquoi », « je suis contre
les fusions parce que nous n’avons rien à voir avec tel ou tel », « je ne vois pas l’intérêt », « je
vais perdre de l’argent et rien gagner ».

Ainsi, nous vous proposons de procéder de manière très claire et transparente. Avec une
gestion de projet professionnelle.

Je vous propose de vous résumer ici, avant de terminer, comment le Conseil communal a
décidé de procéder.

Je souhaite ainsi éclaircir quelques doutes sur le contenu du rapport, dans sa partie
proposition :
1. Ne pas phagocyter le débat – on travaille en public et on encourage toutes les
initiatives développées par d’autres groupes et qui nourrissent les projets
2. Créer une commission autonome par projet
Chargées de déterminer la faisabilité et l’intérêt (questions fiscales, légales,
réglementaires, institutionnelles, techniques, etc.)
Autonomes en ce sens qu’elles se constituent et pilotent l’avancée de leurs
travaux librement

3. Rend rapport aux CC et CG
En fonction de la réponse, les CC proposent aux CG la suite des débats (création
de groupes citoyens, étude complémentaire, abandon des projets, ) création de la
vision sociétale en utilisant le cadre proposé par les commissions.
4. Le projet est soumis au peuple

Mesdames et Messieurs, un projet de fusion ne doit pas être hors-sol ou imposé par des
exécutifs.

Mais charger des comités citoyens de déterminer quels sont les problèmes qu’on peut
résoudre avec une nouvelle fusion sans éléments pré-étudiés est une tâche complexe.
D’autant que l’intérêt pour les citoyens de Milvignes qui profitent déjà d’une structure
politique et administrative supra-villageoise n’est pas le même que pour les citoyens de
Cortaillod ou de Boudry.

Nous avons transmis ce rapport aux sept exécutifs que nous avons rencontré, il y a deux
semaines.

Les Conseils communaux de la GBéroche, Cortaillod et Boudry ont déjà salué le rapport.
Ils louent un dialogue de qualité initié par Milvignes et une intention claire et inscrite dans
un calendrier réaliste.

Vous avez demandé un voyage, nous vous proposons d’être votre agence, frais de dossier
presque gratuits, sans engagement.
Et de vous proposer quelques destinations.

Vous avez demandé un repas, plutôt que de vous réunir autour d’une table mystère, nous
proposons de vous mettre en main une carte des mets vous permettant de choisir votre
menu.

Finalement, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Votre Conseil communal ne souhaite pas fusionner.
Il souhaite poursuivre les travaux permettant de dessiner un projet.
Et permettre au peuple de le porter ou non, selon son choix.

Nous vous demandons de classer cette motion afin de permettre au Conseil communal de
poursuivre son travail de conception d’un projet de regroupement à moyen ou long terme,
avec nos voisins.

Je vous remercie
Colombier, le 12 novembre 2018

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