Violences domestiques, lutter contre les causes plutôt que les effets

Extrait de mon intervention au Grand Conseil neuchâtelois, comme rapporteur du groupe socialiste sur le projet de loi sur les violences domestiques, durant la session d’octobre.

Nous n’avons pas lutté contre les accidents de circulation en achetant des nouveaux brancards. Ce n’est donc pas en améliorant le soin aux victimes qu’on réduira les violences domestiques.

Les violences domestiques ne sont pas un sujet d’actualité, révélé par les manifestations du 14 juin, pas une mode. Elles sont un phénomène social permanent, auquel le canton s’attaque depuis longtemps.

Il concerne 5’000 victimes par an dans le canton.

5’000 !

Le Conseil d’Etat n’en fait pas mystère dans son rapport. 500 cas sont annoncés et ils ne représentent qu’un dixième du total.

Alors que la convention d’Istanbul sur les violences faites aux femmes, que nous avons signée, « appelle les parties à inclure une perspective de genre dans la mise en œuvre de la convention »

Alors qu’elle appelle les parties à « promouvoir et mettre en œuvre de manière effective des politiques d’égalité entre les femmes et les hommes, et d’autonomisation des femmes (art. 6) », la démonstration de cette prise en compte dans le  dispositif actuel n’est pas abordé en détail (…)

Ainsi la prévention des violences est le parent pauvre de ce dispositif.

Et c’est normal.

C’est normal, parce que c’est compliqué.

Mais, alors que 751 personnes ont été victimes d’accident de la route l’an dernier dans le canton, 5’000 personnes ont été victimes de violences domestiques.

Et nous venons de signer une convention dans laquelle on s’engage à concevoir des dispositifs de prévention de ces violences en générant l’éducation à l’égalité.

Alors, soit on dit qu’on le fait déjà. Et que 5’000 victimes c’est le résultat d’un effort public efficace. Qu’on fait ce qu’on peut.

Soit on dit qu’on ne le fait pas encore et qu’il faut le faire. Qu’il faut traiter la vraie question qui génère toutes les violences de genre (…)

Pour faire une métaphore, si ce rapport abordait la lutte contre les accidents de circulation, nous considérons qu’il démontre que nous sommes performants dans la prise en charge des victimes et des auteurs, dans la poursuite pénale, une fois que les violences sont commises.

Mais nous n’avons pas encore déployé de dispositif permettant de réduire les probabilités qu’un accident ait lieu, comme on le ferait dans le domaine de la prévention routière en réduisant la vitesse, en installant des radars, en instruisant les jeunes conducteur.trice.s., en renforçant la sensibilisation à la sécurité routière, etc.

Prendre en charge les victimes, ce n’est pas de la prévention.

Prendre en charge les auteurs, ce n’est pas de la prévention ou alors de la prévention de la récidive.

Sensibiliser et informer, ce n’est pas de la prévention.

Or la convention, signée par la Suisse, dont il est question aujourd’hui, lie les violences domestiques à l’éducation à l’égalité entre les sexes. Explicitement.

Nous questionnons donc la concrétisation de la priorité de cette lutte.

Qui peut changer au gré de la prise de conscience de la communauté du caractère systémique de la violence domestique et de la violence contre les femmes. 

Qui peut ne plus être vue comme un amalgame de violences isolées qui se ressemblent.

Mais bien comme un phénomène intégral, qui peut être abordé en tant que tel par les autorités (…)

Un phénomène qui brise des familles, des communautés, des vies, durablement. Et qu’il a des causes.

Et que s’il est vu de manière systémique, s’il a des causes – et c’est l’objet même de cette convention – il convient de considérer que les moyens qui permettent de prévenir ces violences ne sont pas proportionnés à la taille des conséquences.

Durant les débats, nous avons pris pour exemple les efforts que déploie la collectivité pour lutter contre des manifestations qui ne tuent personne et ceux qu’elle n’accorde qu’au compte-goutte pour lutter contre les violences domestiques qui tuent, ruinent et saccagent des familles chaque année.

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